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Pascal lionnet
Evolution I

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La pijo 403...




" Christian, Pascal, vous êtes prêts ? Vous avez pris vos maillots de bain ? Arrêtez de vous
chamailler !
-Ouais, on arrive ! "
On se grouille: la m'am, quand elle parle sur ce ton, elle rigole pas, si on ne se calme pas, c'est le martinet qui va parler, qui va nous cingler les mollets ; Christian lui, ça le fait rire, je suis trop douillet pour m'en moquer.
C'est dimanche, on est en juin, bientôt la fin des classes, la vie est belle ! On va à la plage de Chafar avec les Rivière, les Dufour, leurs filles, des grandes, des crâneuses de 14 ans et 18 ans, le poste à fond, à écouter Antoine qui veut pas se faire couper les cheveux, Claude François et son jouet extraordinaire, et tous les braillards de l'époque.
La plage gigantesque de Chafar à 40 Km de Sfax où viennent régulièrement des chameliers laver leurs dromadaires, où les femmes se baignent tout habillées. Mes parents ont acheté une 403 pijo (Peugeot) bleu marine toute neuve, ramenée de France lors des vacances d'été ; nos turbulences incessantes auront d'ailleurs raison de la solidité du siège arrière !
Avec Christian nous passons nos journées à pêcher à l'aide d'énormes torsades faites d'algues les poissons piégés par la marée. Au retour, arrêt à Thyna, ville romaine où nous faisons des fouilles sauvages à la recherche de clous, de pièces de monnaie, de poteries, et autres antiquités. Je m'imagine en gladiateur, soldat romain ou quelque héros de péplum. Ma mère étant férue d'histoire, nous visiterons tous les sites archéologiques du pays, et Dieu sait si la Tunisie en est riche !
Au nord de Sfax, la plage rocheuse de la Sheba, (la jolie), au mois de février, des milliers de mimosas sont en fleur, des milliards de pompons jaunes éclosent, le bleu de la mer, le jaune des fleurs, je me gave de couleurs. On pêche sur des rochers immergés, de l'eau à mi-cuisses, un simple fil de pêche enroulé sur du liège, des plombs, des hameçons, des vers énormes, le fil sur le doigt pour sentir les touches, soudain quelque chose m'enserre la jambe, je bondis, un poulpe est accroché à mon mollet, aussi affolé que moi, nous partons en courant chacun de notre côté, fini la pêche, je bronzerai toute la journée !
Avec notre voiture, la découverte du territoire peut commencer, ce sera chose faite, le petit guide bleu à la main, ma mère nous explique l'histoire et la géographie. J'apprends mieux qu'à l'école !
C'est les vacances de printemps, on est à 140 Km au sud de Sfax, à Gabès dans la famille de Nordine, 1,80m, chauffeur routier, 90kg de gentillesse, ma mère est habillée en bédouine par les femmes de la famille, on prend des photos !... A table !... Nordine par politesse ne mange pas en présence de son père !... Méchouia, couscous au poisson, harissa et le feu dans la bouche ! L'après-midi, dans l'oasis il fait frais, la végétation y est dense, de la verdure à foison,... les cultures sont sur trois niveaux, au sol des céréales, du henné, des piments... ensuite les petits arbres, grenadiers, orangers, citronniers... pour finir, des palmiers dattiers. On boit du laghmi, sève du palmier qui une fois fermenté donne le vin de palme. Un sentier longe l'oued, des tortues d'eau douce se chauffent au soleil, nous arrivons sur un plan d'eau, assez important pour que l'on puisse se baigner, ça change de l'eau de mer ! le lendemain matin c'est le marché du centre ville, une forte odeur nous prend les narines, des monceaux de petits poissons séchés, sont exposés en plein soleil ! - Et toujours l'odeur d'huile d'olive, de mulets et d'épices. L'eau de Gabès étant impropre à la consommation, ma mère et moi, nous resterons malades pendant plusieurs semaines. (diarrhées et vomissements).
A peine rétablis, nous attaquons le désert de Tataouine, il fait au moins 40°, on roule les vitres fermées tellement l'air est chaud, pas de clim dans la voiture ; à Chénini de Tataouine, des habitations troglodytiques accrochées à la montagne, les gens y vivent dans un dénuement total, bien loin du modernisme naissant, impossible de se plaindre après ça ! M'man sera intransigeante, on ne réclame pas quand on a vu Chénini de Tataouine !
Plus au sud, à Douz, la route devient piste, le sable est de plus en plus dense, la 403 s'immobilise, les roues à moitié enfoncées, il nous faudra du temps pour la dégager, personne ne s'affole, le flegme Tunisien a pris le dessus !
Notre périple se poursuit par la visite de Matmata, un village bizarre, comme un champ de bataille bombardé, du vrai gruyère, les maisons sont creusées en cylindres dans la terre, un tunnel y accède, les pièces sont réparties le long des parois, on y monte par une corde ou une sorte d'escalier en palmier, je choisis la corde, on bois du thé avec les habitants, p'pa essaye de moudre du grain avec une meule qu'une femme fait tourner d'une seule main, il y arrive avec difficulté tant la pierre est lourde, je suis déçu, une femme serait-elle plus forte que mon père ? Impossible, il doit y avoir un truc, un secret qu'elle s'est bien gardée de lui dire, pour l'humilier, et ça les fait rire ! Elle n'a qu'à faire le soleil à la barre, on verra bien !
Après le repas au resto, j'adore aller au resto, on nous propose une promenade à dos de dromadaires, à chacun le sien, le mien a vraiment un air d'animal préhistorique ! Le pire est quand il se lève, un coup en avant, un coup en arrière, on est vachement haut ! Ou plus exactement " dromadairement haut " ! Nous prenons un chemin caillouteux au bord d'un précipice, les quadrupèdes imperturbables, eux, grimpent le sentier escarpé, pas large le chemin ! On tangue comme sur un bateau, le repas de midi lui aussi tangue dans mon estomac, je ne suis franchement pas très rassuré et je ne suis pas le seul ! Pour une fois !... Tout à coup, nous retenons notre souffle, à perte de vue nous dominons un désert de rocaille,


" un vrai paysage lunaire , dit maman.
Je la crois... si elle le dit !
...une immensité ocre... un camaïeu d'ocre !
- C'est quoi un camaïeu ?
- Regardez ce point blanc, perdu dans le lointain, c'est le marabout d'un saint !
- ...
- M'man, y'a des marabouts de saints sur la lune ?...."

En classe, je suis pratiquement le seul à connaître toutes les villes que l'on étudie. Vu l'activité incessante de mes parents, la 403 qui avale des kilomètres de goudron comme si c'était un interminable ruban de réglisse, je devrais être bon en géographie !...même pas !
Aujourd'hui la maîtresse nous parle de Kairouan, ville importante de l'islam, cinquième de Tunisie, fondée en 670 par le chef des conquérants arabes, Oqba ibn Nafii... etc...etc...
- Kairouan ? bien sûr que je connais !
On est en hiver, il ne fait pas chaud, on arrive dans la ville sainte, m'man a son inséparable petit livre bleu à la main, elle nous fait la lecture... « La légende dit qu'une source aurait jailli sous les sabots du chef arabe, à l'emplacement de la future cité... »... La visite de la grande mosquée s'impose, ma grand-mère, mémé Simone, est avec nous, ...« avec ses murs énormes et son minaret carré de trois étages.... »... La famille vient de temps en temps nous voir,... « Édifiée en même temps que la ville, elle fut plusieurs fois détruite... »... Les oncles, tantes, cousines l'été, les grands parents le reste de l'année. Tous les deux ans nous passons les " grandes vacances " en France, quel changement ! ... « L'édifice actuel remonte aux Aghlabides, IX e siècle » ... au début la traversée se faisait en bateau, le Ville de Tunis, le Ville d'Alger, le Ville d'Oran, ...« Ce genre de forteresse est typique de l'ancienne architecture religieuse arabe... »... à chaque traversée, je suis malade avant, pendant et après ! Ensuite en avion, la Caravelle de Tunis Air, accélération maximale, la bête se cabre et décolle, tout le monde est scotché au siège !... « L'immense cour dallée est capable, dit-on de recevoir 200 000 personnes ... »... De nouvelles sensations pas déplaisantes, quoique... « Eclairé par des lustres de grandes tailles, elle est remarquable par l'alignement de ses 414 colonnes de marbre ......et bla bla et bla bla ..........................Moi j'aime bien l'avion !
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# Posté le mardi 07 octobre 2008 11:38

Modifié le mercredi 08 octobre 2008 01:38

La nuit à la plage, c'est pas terrible...




C'est l'été 1966. Hier soir au Casino de Sfax, Pascal Danel nous a chanté ses Neiges du Kilimanjaro, c'est vrai que la neige est bien loin, oubliée ! Sa froideur ne me manque pas ! Le lendemain, nous sommes à Monastir, petit village de pêcheurs à l'époque où naquit le président Habib Bourguiba, aujourd'hui ville touristique. Mon père a failli être présenté au Président de la République ce jour-là à l'occasion d'une importante manifestation sportive. Il était en short et débardeur, donc impossible ! Nous nous baignons la nuit venue en compagnie de profs et d'amis tunisiens, c'est l'euphorie, tout le monde s'éclate, les vagues sont énormes, pour seule lumière, la lune, même pas pleine ! Comme d'hab', j'ai la trouille ! Je suis tétanisé ! - Et si je disparaissais, happé par la mer, par ce mur de nuit noire, emporté à tout jamais, dévoré par les poissons, ou que l'on retrouve mon petit corps chétif, inerte, sans vie, sur la plage le lendemain ! Je serais en première page dans le journal La Presse : " L'enfant disparu sur la plage de Monastir retrouvé mort ! "... On m'appelle, me supplie, je prétexte que l'eau est trop froide, environ 28°, pour rester sagement sur le sable, crevant d'envie moi aussi d'aller faire le fou.
Nous parcourons inlassablement le pays, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse 45°, rien n'arrêtera la robustesse légendaire de la 'pijo'. Comme dit le proverbe arabe, - 'Pijo, c'est comme bourricot, ça grimpe partout !'
Re-re-re-déménagement, mais pourquoi qu'on déménage tout le temps ? Même quartier, la villa Mahfoud.
Sur le chemin de l'école, nous passons devant des bâtiments désaffectés, sorte de caserne datant de la colonisation, aux toits de tuiles rouges, inhabituel à Sfax. D'étranges rumeurs circulent à propos de ces bâtiments. Nous décidons d'aller voir ! Par un trou dans le mur, nous pénétrons à l'intérieur, des toiles d'araignées nous caressent le visage, les bras, les jambes... une pièce immensément vide. Le sol est recouvert de sable, de poussière. Notre imagination déborde, on se raconte des films, faits de tortures, de pendaisons et toutes sortes d'horreurs ! Bien sûr je suis glacé d'effroi ! Nous y retournerons souvent, juste pour avoir peur, jamais nous n'irons dans les autres bâtiments, plus en retrait, plus à l'écart du chemin, courageux mais surtout pas téméraires ! De ces bâtiments nous ramènerons à la maison un énorme scorpion jaune, mortel. Ma mère nous fait jurer de ne plus retourner là-bas, nous jurons... et y retournons le lendemain ! Je ne saurai jamais ce qu'il y eut exactement dans ces locaux, aujourd'hui disparus...
Au centre ville, chez mon copain Enrico, pas le chanteur..., en face de la municipalité si caractéristique, on fête son anniversaire, on s'ennuie un peu, une idée géniale lui traverse l'esprit, il prend sa carabine à air comprimé, comme projectiles des pommes de terre coupées, on tire sur les passants.... Scandale ! La rue est en effervescence, des cris dans la maison, il pleut des claques... Pour lui !...- la fête est finie !
Le dimanche après midi, c'est le ciné, immuablement, à l'Atlas ou au Colisée ; mes parents vont voir des films sérieux ; avec Christian on est plutôt films d'Hercule, Maciste, ou autre péplum de série B. On se retrouve à la sortie, chacun raconte, à la maison, une soupe et au dodo, pas de télé, il en existe très peu à l'époque en Tunisie, et aucun programme en langue française.
Un collègue de mon père se marie. C'est madame Rivière, prof de français, qui dit collègue, elle le prononce comme si il y avait 8 L ; quand elle parle, j'ai l'impression d'être en classe, elle me rappelle la dictée, comme la maîtresse qui accentue sa diction pour qu'on comprenne mieux, ce qui ne m'empêche pas d'avoir une moyenne de 15 fautes par dictée !
Ce " collllègue " se marie à Mahdia, la mariée porte un costume brodé d'or, elle a 16 ans, n'a jamais vu son futur mari, qui en a 45, elle demande à maman qui le connaît comment il est! Que dire dans ces moments là ? Elle ne le verra pour la première fois que lors des cérémonies religieuses. Les festivités vont durer plusieurs jours, épilation à la cire, bain au hammam, les mains et les pieds tatoués au henné, en signe de fécondité, le futur époux tient, non sans fierté, à nous montrer la chambre à coucher toute neuve, les parures brodées, les bijoux, les parfums, le nécessaire de cuisine, le tout lui coûtant une fortune. Pour ces gens au revenu très faible, c'est plusieurs années d'endettement. Plus les parures sont belles, plus il sera admiré ! Lors du mariage civil, la mariée restera immobile pendant des heures, sur une estrade, assise devant les invitées, seulement des femmes, qui tourneront autour d'elle, lui mettant des billets (dinars) sur la tête, en signe de prospérité. Des gâteaux, du thé, des sodas nous sont offerts, un orchestre joue pendant qu'une danseuse se déhanche, d'un côté les femmes, de l'autre, les hommes avec également un groupe folklorique, aucun contact, mon père n'est pas avec nous, en tant qu'enfants, nous pouvons aller de l'un à l'autre !... Le soir, un festival de plats qui m'arrachent les tripes, l'harissa domine, je rêve de jambon, de chips, du pain frais dans le torchon, de charcuterie en tout genre !...soupir !
Curieux remue ménage, sous les youyous des femmes, le marié sort d'une pièce, il nous montre le linge taché de sang, preuve de la virginité de son épouse... Berk !... A cet âge là je n'ai pas tout compris, mais je n'ai plus faim !
Revoilà le ramadan et les coups de canon, nous allons voir des concerts de musique traditionnelle, le malouf, d'origine arabo-andalouse, en buvant du thé à la menthe, des mélopées envoûtantes, un violon lancinant, une darbouka, un tambourin, le oud tunisien, (luth oriental), des chants qui parlent d'amour et des danses du ventre, ce sont des soirées qui s'éternisent un peu, qui enchantent mes parents, moins mon frère et moi ! - Je ne comprendrai que beaucoup plus tard les subtilités de cette musique, quand je m'essayerai au oud ou qu'à la guitare classique j'appliquerai les gammes orientales. Lorsque parlera en moi le sang de mes aïeux, le sang de mon grand père maternel Henri Richaud, issu d'une famille franco-espagnole d'Oran en Algérie, que je n'ai hélas pas connu.
Pour l'Aïd el Seghir, qui marque la fin du ramadan, tout le monde se rend visite, les enfants sont habillés comme des princes et reçoivent des cadeaux, le Noël musulman ! Hélas rien pour nous ! Sinon un jour férié de plus, entre les fêtes musulmanes, juives et chrétiennes, on est souvent en congé, ce qui n'est pas fait pour me déplaire ! Pour faire local, maman a préparé des bricks à l'½uf et un couscous, elle sait rouler la semoule sèche, avec de l'eau, tout doucement, longtemps pour ne pas faire de grumeaux, elle fait aussi les poivrons frits, la frita, comme les juifs, un bol d'harissa, du mouton, des légumes, des pommes de terre, les épices, le vrai couscous tunisien.
Jour férié ! Le Mouled, (Mouled el Nabi), qui célèbre la naissance du prophète Mohamed. Des chants religieux résonnent dans toute la ville, des ch½urs d'hommes, impressionnants pour l'enfant que je suis. A cette occasion nous mangeons l'assida, une crème aux zgougous (graine du pin d'Alep), sorte de flan dont je raffole, à la différence de la Mloukhia, spécialité préparée à base de poudre de feuille de Mloukhia, d'aspect crémeux, de couleur vert très sombre, au goût de terre, que je ne pourrai jamais avaler, ni mes parents, ni mon frère, ni personne de la famille.
Chez monsieur Mokded à Sidi-Mansour, nous sommes invités à passer la journée. J'y suis comme chez moi ! On prend des photos, plein de photos, avec les amis, la famille, les amis des amis de la famille, avec le mouton, qui va bientôt être sacrifié à l'occasion de l'Aïd el Kebir, fête importante qui commémore le sacrifice d'Abraham. De nombreux plats sont préparés, la viande est découpée en lamelles, puis séchée sur les terrasses, à perte de vue, des kilomètres de viande. Ensuite, elle est conservée dans des gargoulettes avec de l'huile d'olive
et du piment. Les gâteaux de l'Aïd sont un véritable bonheur ; discrètement chez mon copain Mohamed, qui habite en face, de l'autre côté de la voie ferrée, nous nous introduisons dans la petite pièce où sont gardées des montagnes de Makrout, Samsa, Chebbakia..... À nous l'indigestion !
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# Posté le mardi 07 octobre 2008 11:39

Modifié le mercredi 08 octobre 2008 01:39

Les temps changent...




Mai 68, la France est en pleine révolution, les pavés volent, les étudiants entrent en guerre. Le général De Gaulle est un président hors jeu, plus dans le coup, les m½urs changent, la vieille France est reléguée au placard. Miracle, je passe en 6ème, mon père est muté à Tunis, au lycée du Bardo, mon frère et moi au lycée Carnot !
Une nouvelle ère commence, les hippies envahissent le monde, les cheveux poussent, " peace and love " à toutes les sauces. En juin on refait les valises, la chaleur est insupportable, je me traîne, l'âme en peine, triant les affaires d'école, je mettrais bien tout ça à la poubelle... je mets tout à la poubelle ! Au revoir les copains, direction la capitale. La 'pijo' est chargée à bloc, on démarre...
Je laisse une énorme partie de moi dans cette ville que j'ai profondément aimée et qui a participé en majeure partie à mon avenir de peintre.

...Avril 2002, c'est le départ, direction le sud, j'ai le c½ur qui palpite à l'idée de revoir Sfax, que vais-je retrouver de mon enfance ? Toutes ces familles chez qui j'allais, chez qui je mangeais, dormais, monsieur Mokded, Saïda, la femme de ménage, Majoub, l'extraordinaire jardinier, avec qui j'ai découvert le thé à la menthe, et qui avait fait un paradis du jardin de notre villa Marhfoud. Kerkena l'île désertique au large de Sfax, ses danseurs en jupes rouges, chemises, chaussettes et chaussures blanches, chéchias rouges à longs pompons noirs, le petit port, le marché couvert, tant de lieux qui restent à tout jamais gravés dans ma mémoire. J'ai besoin de respirer le sud...
Une visite rapide à Nabeul, Monastir, Mahdia, petite ville chargée d'histoire, El Djem et son Colisée romain, Anita photographie, se fait gentiment interpeller, toutes sortes de souvenirs nous sont proposés, nous répondons en arabe, ça calme !

1968, dans la 403, c'est l'impatience, l'inévitable question, à peine partis, «c'est quand qu'on arrive ! »
On compte les voitures, les arbres, tout y passe......


...Sfax 60 Km. La Renault 19 fonctionne bien, je roule plutôt crispé, il faut absolument éviter les camions qui doublent les bus, les voitures qui doublent les camions qui doublent les bus, les mobylettes qui sortent de nulle part, les gens qui traversent sans regarder... Soudain, j'aperçois en sens inverse, en direction de Tunis, une 403 pijo bleu marine, la même que nous avions, quatre personnes sont à l'intérieur, comme nous, un homme au volant, une femme à côté, deux enfants derrière, on leur fait coucou, des appels de phares, on rigole, je repars dans mes souvenirs...

A force de regarder passer les voitures, la tête nous tourne, une Renault grise un peu cabossée nous fait des appels de phares et des signes, trois personnes à l'intérieur, on se croise, on répond, je leur fais des grimaces, tout le monde rigole...

Tunis ! - À moi l'adolescence, je change de vie, rue Napoléon, quartier du Belvédère nouvel appartement, la Villa Jasmin des Moati n'est pas loin ; s'il vous plait Papa ! Maman ! On arrête de déménager !...
La ville est grande, la circulation importante, je suis prêt à conquérir la capitale, à tout apprendre et bien travailler à l'école...
Nous y resterons cinq ans, sans re-déménager, je ne travaille pas mieux en classe, malgré tous mes efforts. En cours, j'ai la tête ailleurs, même en dessin et en musique je suis nul, tout m'ennuie. En fait, je ne suis pas mauvais élève, je suis un élève moyen ; pendant toute ma scolarité, j'ai eu pour appréciation : « Elève moyen ! Peut mieux faire ! »... - J'ai eu pas mal de maîtres, maîtresses, profs qui eux aussi étaient moyens, qui toute leur vie ont dû rester des enseignants « moyens, peut mieux faire ! ». Secrètement en moi, je me jure qu'un jour je ne serai plus quelqu'un de moyen !
Premier jour au lycée Carnot, 1500 élèves, des profs partout ! Débarquant de mon sud lointain, je me sens un peu paumé ! En 6ème on est petit ! Dans un établissement qui réunit collège et lycée, de la 6ème à la terminale, on est trois fois rien ! Ça aide à grandir ! Des amitiés se créent, je découvre les traditions juives chez Joël, qui habite en face du marché Lafayette et chez qui je passe beaucoup de temps.


Aujourd'hui, grand forum grande discussion avec les copains, constatation évidente, on a les poils qui poussent. On compare. Certains ont une ombre sous le nez, d'autres sous les bras, et pour les plus virils, de la barbe ! Pour ma part si j'en ai, c'est de la crasse, pas l'ombre d'une moustache naissante, rien sur le torse. C'est le temps des boums et de la drague... pour les autres... Je suis affublé d'une timidité effroyable, je bloque, impossible de décrocher un mot ou quelque chose de sensé, je dis des phrases tellement stupides que même moi je ne les écoute pas. J'organise une boum chez moi, j'envoie mes parents au ciné, Christian est avec ses potes, tout va bien, un premier copain arrive, Harry, il est américain, ce sera le seul, les autres ont carrément zappé, ils me le diront le lendemain, c'est la seule et unique boum que j'ai organisé. Je me réfugie dans le sport, là, c'est mon domaine, je continue les entraînements de gym, moi aussi, je fais le soleil, j'attaque plus sérieusement la natation, le volley, je vais au lycée de p'pa pour profiter du matériel d'athlétisme,
Une solide amitié est née entre Jamel et nous, élève brillant mais totalement incompris, impulsif et refusant l'injustice. Nous habitons le même quartier, constamment l'un chez
l'autre, nos longues discussions arabo philosophiques se termineront souvent par des fâcheries, certes de courtes durées, mais tellement enrichissantes. Excellent percussionniste, avec lui je découvre la musique. Mon père m'a offert une guitare lors d'un séjour en Espagne, bonne idée, je ne pense plus qu'à ça ! Ma mère est ravie, plus jeune elle jouait de la mandoline, avec un ensemble musical, elle se produisait sur scène entre deux représentions de théâtre et de danse.
Je me rappelle de la tante Jeanne, s½ur de ma grand-mère maternelle, Simone Gailleton,(qui habite à Brignais), petite fille du cousin germain du docteur Gailleton, maire de Lyon en 1894 lors de l'assassinat du président Sadi Carnot à qui il donna les premiers soins.
Tante Jeanne, devenue aveugle dans son enfance, jouait merveilleusement bien du piano, elle me donna mes premiers cours de chant.
J'ai hâte de savoir jouer de cette guitare, je m'acharne, j'ai les doigts en feu et je casse la tête à tout le monde ! Jamel à la darbouka, moi m'escrimant à placer des accords, les Beatles façon Oum Kalsoum !
Les années pop font des ravages dans la chanson française, je deviens le bassiste du groupe The Osmoze, je fabrique une batterie avec des pots de peintures, les voisins adorent ! Mes parents supportent avec beaucoup de patience les sons électriques des guitares des groupes anglais et américains, les posters recouvrent maintenant les murs de notre chambre ; après plusieurs mois de répétitions, le groupe donne son premier concert, une " boum "dans la résidence d'un diplomate Français. Les Stone's sont à l'honneur. A 15 ans je découvre le trac et les sensations du "live".
Les journées d'été se passent à la plage, Amilcar, Gammarth, Raouad, en fin d'après midi à Sidi Bou Saïd au café Sidi Chebaane face à la mer, nous moquant des touristes.
Le train TGM (Tunis Goulette Marsa) est l'ancien métro de Paris, à l'époque en bois, qui dessert les agglomérations du bord de mer, nous le prenons le matin, avec nos guitares, Jamel et sa darbouka, Yvon et ses incessantes imitations d'Adamo, à 60Km/h et pour quelques 'Millimes', le trajet se fait au ralenti, les journées passent lentement, le farniente est de rigueur.
L'année 72 sera une année particulièrement difficile, j'ai 16 ans, je prends conscience du peu de temps que je pourrai passer sur terre, pourquoi j'y suis, et surtout que le mot " définitif " n'a de vrai sens que lorsque la vie s'arrête ! Jusqu'alors, plutôt protégé des tourments par une vie facile, bien que riche en contacts humains, cette prise de conscience, crise d'adolescence me fait vomir mes tripes, je vomis sur moi, la société, le monde et tout le reste ! Une révolte est née, au plus profond de mon être, elle inondera la cuvette des wc. Avec Jamel nous parlons de l'an 2000, des voitures qui voleront, des habitations extraordinaires, des pilules qui remplaceront les repas, (pour mon grand bonheur), de mille technologies interplanétaires, toutes plus loufoques les unes que les autres, bref, d'un monde meilleur... Je réalise pour ma part que j'aurais 44 ans ! Terrifiant ! Je serais vieux !...

...J'ai 46 ans, je ne me sens pas vieux, toujours pas de voiture qui vole, les technologies futuristes des années 70 sont totalement ringardes, dépassées, les pilules n'ont rien remplacées... nous arrivons à Sfax.
Une pollution à couper au couteau nous accueille, un flot ininterrompu de véhicules
qui circulent bien sûr dans tous les sens ! ... Toujours l'odeur d'huile d'olive ! Les mobylettes ont remplacé les mulets, des papiers et des sacs plastiques noirs jonchent le sol.
La ville s'est industrialisée, apportant son lot de désagréments et une totale anarchie tant au niveau du comportement que des constructions.
Nous arrivons au centre ville, heureusement rien n'a changé, je retrouve Sfax tel que
nous l'avions laissé, un pincement lorsque je pénètre dans la médina, elle semble
minuscule,on ne retrouve jamais la dimension des espaces de l'enfance, bien sûr les ruelles sont étroites, mais de là à se perdre... un chuchotement à mon oreille... monsieur Mokded est là, il me parle, me rassure, veut m'offrir des pâtisseries, me dit d'aller voir Saïd, de retrouver la boutique du marchand de tissus...soudain une petite main se glisse dans la mienne, un enfant, étonné, je le regarde, il doit avoir à peu près six ans, il a un air surpris, apeuré, me lâche brusquement la main, se met à pleurer. Un homme arrive en riant, le prend dans ses bras, le console, s'excuse et disparaît dans la foule...ça c'est passé si vite... je ne retrouverais pas l'échoppe de Saïd, monsieur Mokded est décédé depuis longtemps. Je suis là pour connaître la Tunisie d'aujourd'hui, même si l'enfant du soleil que j'étais est toujours présent...
Le lendemain matin, je suis réveillé par des chants d'enfants, l'hymne national interprété par des élèves d'une école primaire, juste en face de l'hôtel, les filles portent un tablier rose, les garçons un tablier bleu, au garde à vous, bien en ordre, avant de rentrer en classe, un hymne à la patrie. Moi aussi je chantais l'hymne national !
Nous quittons Sfax pour Gabès. Route très stressante, des libyens dans les deux sens, voitures, taxis, camions, roulant à fond, doublant dangereusement. De tout temps les Libyens sont venus faire leurs achats en Tunisie, en conduisant n'importe comment !
A Gabès l'oued est à sec, plus de tortues d'eau se chauffant au soleil, plus de baignade dans l'eau douce, à la place, un hôtel en ruines. Mais l'oasis est toujours là, avec ses cultures à étages.
Nous choisissons un hôtel modeste, pas très confortable, en plein centre ville, du bruit jusque tard dans la nuit, l'appel à la prière à cinq heures du mat', pas de petit dèj', en plus j'ai la tourista, ou diarrhée du voyageur, pas grave, y'en a pour 2/3 jours. A l'avenir le confort primera sur le prix de l'hébergement !
Matmata est à 40 Km de Gabès, le paysage y est toujours aussi fascinant, désertique, lunaire, le même camaïeu d'ocre... le petit mausolée est là, perdu dans l'espace... maintenant je suis persuadé qu'il y a des marabouts sur la lune, plein de marabouts, chaque point lumineux dans le ciel est un marabout ! Anita, elle, a l'impression d'être dans un de mes tableaux, quel beau compliment!

1973, dernière année en Tunisie, on rentre définitivement en France à la fin de l'année scolaire. Je dois décider de mon orientation professionnelle, ayant redoublé ma troisième, je passe mon BEPC et jette l'éponge, la scolarité n'est pas faite pour moi, je la laisse aux autres !
Choisir une orientation, ils en ont de bonnes, je ne sais pas, rien ne m'inspire, rien ne m'attire, rien ne m'intéresse, je verrai plus tard, pour l'instant, le groupe The Osmoze donne un concert au conservatoire de Tunis, on a répété comme des fous, la salle est pleine à craquer, les amplis sont à fond, on s'explose les tympans, c'est l'éclate !

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, notre séjour 30 ans après s'achève. Dans l'avion je repense à ces bons moments, je veux connaître la Tunisie d'aujourd'hui, je reviendrai donc souvent, chez notre ami Jamel, retrouvé après une si longue absence. Moment fort du voyage, son frère Ridha habite toujours l'appartement familial. Séquence émotion ! On pleure, on rit , on se raconte toutes ces années passées, nos deux familles sont à nouveau réunies, on ne se quittera plus.

Juin 1973, pour la énième fois et je l'espère la dernière, l'appartement est vide, des déménageurs professionnels s'occupent de tout, mon carton d'affaires scolaires n'est pas du voyage, direction la poubelle, c'est devenu une habitude ! Aucune dérogation possible, je ne garderai rien.
Les adieux sont déchirants, pour ceux qui restent. Je suis assez content de revenir en France, j'attends beaucoup de cette nouvelle vie, le même espoir qu'ont certains émigrants...
La dernière traversée de la méditerranée s'effectue en ferry, sur l'Avenir, signe ostentatoire de ce qui m'attend, que me réserve cet avenir ?
Le bateau accoste.......
Je pose le pied sur le sol français.....

L'avion atterrit
Je pose le pied sur le sol Français...

Retour à Oullins, retour à la case départ, avec pour bagages, onze années passées en Tunisie, les fondements de mon existence sont posés, j'ai les fondations, reste à construire la maison...

Retour dans mon village, des paysages plein la tête, j'ai hâte de peindre...
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# Posté le mardi 07 octobre 2008 11:39

Modifié le mercredi 08 octobre 2008 01:39

De ton argile à toi, façonne ton plat


La vie s'écoule, je m'essaye à différents métiers, rien de passionnant, j'achète une boite de peinture à l'huile, des toiles, je peins mes premiers paysages tunisiens, je continue la musique, les années passent, je découvre le Maroc, qui me replonge dans le monde arabe.
Depuis deux ans je travaille à la chaîne dans une usine de montage de camions, je prends conscience du monde ouvrier, comme pépé qui était chef chez..... Par dépit, je m'engage pour 18 mois dans l'infanterie de marine, rêve de Nouméa, Tahiti, la Réunion... ce sera Djibouti, le désert de rocaille, le soleil implacable pendant les heures de gardes, les attentats à la grenade, les marches commandos et la débilité des fous de guerre qui veulent trucider tout le monde ! En compensation, les fonds sous- marins de la Mer Rouge, de solides amitiés, une perm de plusieurs jours pour visiter le Yémen... Comme toujours, le temps passe, fin de l'engagement, je ne rempile pas, retour à Lyon.
Je suis marié, j'ai une fille, Virginie, je rencontre Louis Lyan, artiste peintre hyper réaliste, spécialiste de la nature morte avec qui j'apprends beaucoup. J'expose dans les salons lyonnais, première confrontation avec le milieu pictural.
Une entreprise de vente par correspondance veut bien de moi comme chauffeur livreur, ça ou autre chose ... deux ans plus tard, je demande ma mutation au soleil, au bord de la mer... marre de la pollution et du mauvais temps !
J'habite à Nice pendant 5 ans ; René Arnoux est un ami, artiste peintre méditerranéen reconnu ayant vécu en Tunisie ; j'adopte, au contact du « Maître » un style proche de Matisse que j'affectionne particulièrement.
Trop de pression, trop de temps passé au service de mon employeur, pas assez à peindre. Mon mariage bat de l'aile, rien ne va plus, je veux être un artiste, comme dans la chanson, retour à Lyon où je " bosse " avec mon frère Christian, modelant, en pâte à bois, des petits personnages humoristiques de toutes professions, ou des figurines de la commedia dell'arte vendus en expositions artisanales, dans les galeries marchandes et sur le marché de la création de Lyon ; c'est une affaire qui tourne ; je ne veux plus perdre mon temps chez un patron peu scrupuleux ! Cette vie me convient. Je côtoie Jean Batiste Fusaro, fils de Jean Fusaro, et peins avec lui jusqu'à son décès accidentel.
La famille déménage pour la Provence, un petit village au pied de la garrigue, je suis du voyage, mon souhait étant de retourner à Nice, j'aide pour le déménagement, j'ai l'habitude !... Quelques travaux dans la " vieille " maison nouvellement achetée... et peut-être le retour à la Baie des Anges !
Une expo au centre commercial de Belle Epine à Paris me rapporte suffisamment d'argent pour aménager une partie de la maison, gracieusement proposée par mon frère et ma belle s½ur Anita. Une grange au dessus de la cave ... ! C'est ça, ou les loyers exorbitants de la Côte d'Azur.
Je pèse le pour et le contre, moi le citadin confirmé, me retrouver à la campagne, impensable... et pourtant...
Les mois défilent, je suis à peu près installé dans mes pénates, mes parents sont venu en renfort, mon père a fait à lui seul 70 % des travaux, maçonnerie, électricité, carrelage, sanitaire etc... surprenant, il sait tout faire ! La seule fois où je l'ai vraiment aidé, je me suis écrasé un doigt, direction les urgences, fin des travaux pour moi !
J'ai repris la peinture, une peinture " alimentaire ", des natures mortes provençales et des paysages, de " magnifiques " champs de lavandes avec cyprès, mas provençaux, et tout le tintoin. Pendant quelques années je peaufine ma touche en exposant en galerie aux Baux de Provence, je me rapproche de plus en plus de la nature morte, des céramiques, des fruits. Je vends mes premiers tableaux aux touristes américains, australiens... Joëlle, une amie qui revient d'un séjour en Tunisie m'a rapporté des journaux en arabe, mon passé refait surface, je découpe une page que je colle sur du papier, par transparence, les écritures donnent un relief surprenant à ma peinture. Sans le savoir je vis un moment crucial.
Je fais une exposition de groupe avec des paysages tunisiens, je n'ai jamais aussi bien vendu !... Et si c'était ça !
Cette peinture sur fond de texte arabe n'est pas acceptée aux Baux de Provence, trop typé !
Je persiste et décide de la proposer ailleurs !
Par un beau matin de septembre 2000, je pousse la porte de la galerie Ducastel à Avignon. Depuis des années je passe devant cette galerie sans jamais avoir osé y mettre un pied, trop impressionné par les toiles qui sont à l'intérieur.
C'est après m'être littéralement fait " jeter " par une autre galerie avignonnaise que je décide de tenter le tout pour le tout !
- J'ai les jambes aussi molles que deux spaghettis trop cuits ! Subirai- je un racisme
- pictural ?
- Bien sûr je n'ai que quelques minutes pour montrer mes huiles sur papiers !
- Combien ? Cinq ? Aucun problème, il y en a trois de trop !
J'ouvre mon carton à dessin ! Surprise, cette personne veut bien faire un essai, je rêve ou quoi ? On parle bien de moi ? de mes paysages tunisiens ? des céramiques du Maghreb et des figues de barbarie ? Emmanuelle Ducastel, c'est elle, galeriste de son état, vient d'accepter de prendre en dépôt cinq de mes oeuvres ! C'est le plus beau jour de ma vie...de peintre !
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# Posté le mardi 07 octobre 2008 11:40

Modifié le mercredi 08 octobre 2008 01:40